Richard Coudenhove-Kalergi, l'inspirateur

 

Richard N. de Coudenhove-Kalergi

 

Né le 17 novembre 1894 à Tokyo, le comte Richard N. de Coudenhove-Kalergi (le N. signifie Nikolaus) est une personnalité hors du commun qui n'est malheureusement plus connue aujourd’hui que de ceux qui s'intéressent de près aux racines historiques du développement de l'Europe en tant qu'union politique.

 

Ce manque de reconnaissance officielle est regrettable car, de 1922 jusqu'à son décès en 1972, il a combattu pour l'unité et la liberté de notre continent et s'est trouvé, entre les deux guerres, au cœur de toutes les initiatives prises en faveur de l'union et de la paix en Europe.

 

Fils d'un diplomate austro-hongrois et d'une Japonaise, il a été convaincu dès l'enfance que c'est l'esprit européen, plus que la seule convergence d'intérêts matériels, qui peut façonner l'Europe.

 

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Coudenhove-Kalergi a lancé son premier appel à l'unité de l'Europe en octobre 1922. L'année suivante, il a proposé le premier projet moderne d'une Europe unie, exposée dans son livre "Paneuropa". De nos jours encore, cet ouvrage prophétique et mobilisateur (réédité en français en 1997 par Paneurope Suisse) fascine par son intemporalité.

 

Pour Coudenhove-Kalergi, l'Europe est une fraternité d'hommes partageant des visions communes. Héritière d’un riche passé, l'Europe ne peut survivre que si elle s'unit en préservant les particularités de tous ses peuples et en leur accordant le droit incontestable de les conserver. C’est une profession de foi en faveur d’un fédéralisme européen. Le rejet de tout préjugé nationaliste, la défense de la liberté et la consolidation de la paix sont, avec la réconciliation de la France et de l'Allemagne, les pierres angulaires de l'unité européenne.

 

Traduit en de nombreuses langues, cet appel a connu un succès retentissant : les causes des crises européennes sont passées en revue, des solutions concrètes sont esquissées, et, surtout, l'union de l'Europe y est, pour la première fois, présentée comme un lendemain plausible et souhaitable, et non pas comme une lointaine utopie. De plus, il pose la question fondamentale des dimensions spirituelle et intellectuelle de l'union du Vieux continent.

 

Le message a été perçu dès l'entre-deux-guerres par bon nombre de personnalités parmi lesquelles Konrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Winston Churchill. Ces hommes d'Etat, et bien d'autres comme Aristide Briand, Gustav Stresemann, Charles de Gaulle ou Carlo Sforza, ainsi que d'éminents penseurs comme Denis de Rougemont, Alexis Léger, Carl Burckhardt, Salvador de Madariaga ou Benedetto Croce, ont trouvé dans les idées paneuropéennes et dans la fréquentation de Coudenhove-Kalergi la source de leur engagement européen.

 

Fuyant le régime nazi, Coudenhove-Kalergi s'est installé d'abord en Suisse puis aux Etats-Unis où il a donné à la New York University un cours sur le fédéralisme européen d'après-guerre, dans lequel il a entre autres développé l'idée de créer une assemblée constituante européenne. En 1947, Coudenhove-Kalergi a fondé à Gstaad l'Union Parlementaire Européenne qui, après le Congrès de l'Europe à La Haye en 1948, a conduit à la création du Conseil de l'Europe et, ultérieurement, du Parlement européen.

 

Dans les années 50, Coudenhove-Kalergi a concentré ses efforts sur le renouvellement du mouvement paneuropéen. S'il a approuvé et soutenu la création des premières communautés européennes (CEE et Euratom), il n'a cessé, à travers divers congrès et maints écrits, de souligner l'importance de ne pas limiter les efforts d'union aux seuls intérêts économiques.

 

 

Si la personne de Richard Coudenhove-Kalergi a été quelque peu oubliée, son héritage intellectuel, lui, fait depuis longtemps partie de notre présent spirituel et culturel ; il forme ce que l'on pourrait appeler le véritable acquis européen.

 

C'est Coudenhove-Kalergi qui a lancé notamment l'idée de réunir le charbon allemand et le minerai français (1923), idée prophétique qui a conduit, bien des années plus tard, en 1950, à la création de la première Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA).

 

C'est lui aussi qui a inspiré à Aristide Briand son projet d'union européenne, présenté en 1929 devant la Société des Nations à Genève, un projet qui n’a jamais pu être concrétisé en raison de la dégradation des relations entre les Etats. C'est lui qui a convaincu Churchill de lancer son retentissant appel à l'unité de l'Europe en septembre 1946 à Zurich. C'est encore lui qui a suggéré ces expressions hautement symboliques que sont l'adoption de l'Ode à la Joie de Schiller sur la musique de la Neuvième Symphonie de Beethoven en tant qu'hymne européen (1929), la célébration d'une journée de l'Europe en mai (1930) et la création d'un timbre-poste européen (1947).

 

Après la deuxième Guerre mondiale, diverses organisations européennes, privées ou officielles, ont vu le jour. Leurs fondateurs se sont, de près ou de loin, inspirés des idées de Coudenhove-Kalergi.

 

Ce grand visionnaire s'est éteint le 27 juillet 1972 à Schruns, en Autriche, mais a souhaité être enseveli à Gruben, près de Gstaad, en Suisse. Le choix de Gstaad n'est pas anodin. Située sur la commune de Saanen, cette bourgade devenue un haut lieu de tourisme se trouve aux confins des cultures latine et germanique. Richard Coudenhove-Kalergi y avait acquis un chalet en contrebas duquel se trouve aujourd'hui sa tombe, sur une parcelle de terrain qui, depuis 1999, est propriété de Paneurope Suisse par donation de la commune de Saanen.